ÉDITO
LE CARNET
10 octobre 2026
Dans le désordre du monde… un journaliste indépendant.
Par Alexandre Latreuille
Vers le bas

Chaque semaine, le regard d'Alexandre Latreuille sur l'actualité culturelle et le monde qui l'entoure : l'exposition Kurt Schwitters au musée Picasso, le mouvement des lycéens et le prix des Deux Magots.
Le Chaos-Monde résume à lui seul tout ce que nous allons voir.
Sachez que les semaines ne se ressemblent pas. Quand d’autres suivent des horaires classiques, un journaliste indépendant, lui, suit un planning souvent flottant, parfois abstrait. Pour preuve, dès le lundi matin, à 9 heures – sans un café dans le ventre –, l’un d’entre eux se rendait à la visite réservée à la presse, au sein du musée Picasso, à Paris. Son exposition d’automne-hiver honore un artiste allemand, un certain Kurt Schwitters.
Dès le titre de l’exposition, nous comprenons dans quel univers nous pénétrons. Le Chaos-Monde résume à lui seul tout ce que nous allons voir durant un parcours riche, composé de plus de trois cents œuvres de cet artiste majeur, dit-on, du mouvement Dada, du constructivisme et de la scène abstraite allemande. La période radicale allemande – des années 1920-1930 – est l’une des plus passionnantes. Car, entre la Première Guerre mondiale et celle qui s’annonçait, les artistes, sidérés par les destructions massives consécutives aux guerres, allaient être inspirés pour mener des tentatives de réinvention – ou de réinvention du monde par l’art. Tout en s’inscrivant dans les courants en développement de l’époque et en étant portés par eux – d’où le lien entre Schwitters et Picasso. Les deux artistes avaient le même rapport à l’expérimentation, à l’assemblage et à la transformation des matériaux du quotidien.
Le chaos, ce fut aussi la semaine, ainsi que la précédente, marquée par le mouvement des lycéens en France. On ne sait plus trop où se positionner. Entre les revendications sans doute légitimes de la jeunesse et les casseurs, toujours plus nombreux, on ne sait plus où se mettre.
À midi, lors de la remise du prix des Deux Magots, le spectacle habituel du jury s’est déroulé, lui aussi, dans une atmosphère étrangement légère mais tendue. En désaccord, le président du jury, Étienne de Montety, directeur du Figaro littéraire, a mis fin à la discussion. Le lauréat, l’auteur publié chez Grasset Jean-Noël Orengo, a tenu à rappeler sa joie, en évoquant aussi toutes les polémiques qui ont accablé la prestigieuse maison d’édition depuis le printemps dernier. Grasset est aussi la maison de l’auteur accusé d’avoir écrit un ouvrage avec une IA – le sujet qui fait trembler les maisons d’édition et les journalistes du monde entier. À ce propos, C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien a encore vendu plus de 15 000 exemplaires en une semaine. Chez les libraires, de nombreux lecteurs demandent : « Puis-je avoir l’ouvrage de l’auteur qui a écrit avec une IA ? » Cocasse.
Au centre de ce désordre, une question est suspendue : et si le désordre était une autre manière d’habiter le monde ? Kurt Schwitters nous apprend que l’art ne vient pas masquer les fissures du monde. Il apprend à composer avec elles. À nous de composer avec le monde tel qu’il est.
Et si le désordre était une autre manière d'habiter le monde ?
⟢ ACHETER LE MAGAZINE
Retrouvez cet édito dans Le Carnet
⟢ S'abonner
Accèdez à tous les entretiens, aux magazines numériques et aux archives.
⟢ La fringale culturelle newsletter

