ÉDITO
LE CARNET
31 octobre 2026
On a le droit aux chefs-d’œuvre
Par Alexandre Latreuille
Vers le bas

Autant en emporte le vent ressort en DVD. Pour Alexandre Latreuille, c'est l'occasion de défendre le droit d'accéder aux chefs-d'œuvre, sans les juger à l'aune de notre époque.
Le débat contemporain impose un regard auquel nous devons résister.
Autant en emporte le vent, réalisé en 1939 par Victor Fleming, est le film de toutes les folies. Ou tout du moins, ce que je nomme les folies créatives. Ce qui se joue avec ce film – qui ressort en DVD – c’est aussi le droit d’avoir accès aux chefs-d’œuvre secoués par de vaines polémiques.
Il faut le voir, voilà ce que je dis souvent en évoquant ce film. Près de quatre heures de cinéma, une fresque monumentale, des couleurs somptueuses, des décors grandioses, des costumes inoubliables et, au centre de cette épopée, une femme : Scarlett O’Hara. Une femme orgueilleuse, capricieuse, passionnée, parfois insupportable, mais d’une volonté farouche, qui refuse de se laisser engloutir par les ruines de son monde. Un vrai personnage féministe.
Pourquoi ce film est-il devenu culte ? Certainement pas uniquement parce qu’il a remporté huit Oscars, dont celui du meilleur film et celui de la meilleure actrice dans un second rôle pour Hattie McDaniel – actrice noire. Non. Ce film est capable de créer un univers dans lequel le spectateur s’immerge, et à travers son personnage principal, on peut tous se reconnaître.
Scarlett n’est pas une héroïne exemplaire. Elle se trompe, elle aime mal. Son égoïsme est égal à sa pugnacité. C’est là sa force.
Autant en emporte le vent a été sur le banc du tribunal de notre époque sans nuance. Son regard sur le Sud américain, sa représentation de l’esclavage, ses personnages noirs et la nostalgie avec laquelle il évoque une société fondée sur l’exploitation humaine ont suscité de vifs émois. En 2020, la plateforme HBO Max l’a même temporairement retiré de son catalogue avant de le remettre en ligne avec une introduction historique destinée à éclairer ses représentations et leurs limites – autant prendre les gens pour des imbéciles.
Le débat contemporain impose un regard auquel nous devons résister.
De plus, un film ne cherche pas toujours à représenter le réel. Une œuvre se lit globalement. Cela exige un effort et une honnêteté intellectuelle selon le contexte.
Plus d’un million de téléspectateurs avaient revu ce chef-d’œuvre du cinéma lors de sa rediffusion sur Arte le 1er janvier 2024. Dans une société libérale, le public est le seul à pouvoir décider de ce qu’il veut voir ou ne pas voir. Outre cela, le débat est tranché : exiger d’une œuvre de 1939 qu’elle corresponde en tout point aux sensibilités de notre époque, c’est risquer de remplacer la compréhension historique par un anachronisme commode.
Autant en emporte le vent est vivant. Comme mérite de le rester le septième art. Nous avons tous droit au chef-d’œuvre.
Nous avons tous droit au chef-d'œuvre.
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