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Mylène Farmer, une exception culturelle française

Crédit visuel : © Claude Gassian

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Elle se montre peu, et pourtant sa musique ne quitte jamais les écoutes. Sur Deezer, les classiques de Mylène Farmer tournent toute l'année, chacune de ses nouveautés devient un événement, et 15 % de son public a entre 18 et 25 ans. Alors que paraît son nouvel album, ÉGRÉGORE, Laetitia Berry, éditorialiste spécialisée en variété française pour la plateforme, décrypte le paradoxe d'une artiste devenue intergénérationnelle.

LE CARNET DE LA FRINGALE CULTURELLE :
À une époque où les artistes doivent être omniprésents pour exister, Mylène Farmer a fait du retrait et de la rareté une partie de son identité. Deezer vous permet-il de mesurer la force de ce paradoxe ?

Laetitia Berry : Oui, c’est un paradoxe qu’on voit assez clairement dans les données. Même si Mylène Farmer se montre peu, son back catalogue reste très présent sur Deezer. Ses plus gros tubes sont écoutés toute l’année, avec parfois des pics très forts, notamment le 31 décembre. Et lorsqu’elle revient avec un nouveau titre ou un nouvel album, ses nouveautés sont immédiatement très écoutées. Il y a donc à la fois une fidélité très forte autour de ses classiques, une vraie attente et un réel engouement à la découverte de ses nouveaux morceaux. Ce n’est pas uniquement un effet de nostalgie : ses titres continuent à circuler, à être découverts et écoutés par différentes générations. Elle a réussi à faire de la rareté une vraie force : chaque apparition, chaque nouvelle sortie devient un événement.

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Chaque apparition, chaque nouvelle sortie devient un événement.

LE CARNET DE LA
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CULTURELLE :
Observe-t-on surtout la fidélité d'un public qui a grandi avec elle, ou une véritable transmission entre générations ? Des jeunes de 18 ou 20 ans écoutent-ils Mylène Farmer pour ce qu'elle est ?

Laetitia Berry : Il y a les deux, mais les données montrent clairement qu’on ne peut pas parler uniquement de fidélité ou de nostalgie. Aujourd’hui, 15 % des écoutes de Mylène Farmer sur Deezer viennent des 18-25 ans. Une partie importante de ce public la découvre et l’écoute pour elle-même, pas seulement parce que ses parents l’écoutaient. La transmission familiale existe, mais elle n’explique pas tout. Mylène Farmer continue à parler à un public jeune à travers son univers, ses textes, ses mélodies. Certains l’ont connue par leurs parents, d’autres grâce aux plateformes, aux réseaux sociaux ou à ses concerts. Mais au final, ils se retrouvent autour des mêmes chansons. Elle est devenue une artiste véritablement intergénérationnelle, pas simplement une artiste nostalgique.

Mylène Farmer
LE CARNET DE LA
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CULTURELLE :
Le streaming favorise les refrains immédiats et les artistes qui multiplient les points de contact. Mylène Farmer a construit son œuvre sur le temps long et une certaine exigence émotionnelle. Son succès démontre-t-il que l'algorithme n'a pas gagné contre le désir d'une œuvre ?

Laetitia Berry : Je ne pense pas que l’algorithme ait gagné. Un algorithme peut proposer un titre, mais ce sont toujours les auditeurs qui décident de l’écouter, de le réécouter et d’aller plus loin dans la discographie d’un artiste. Avec Mylène Farmer, les gens ne viennent pas chercher un refrain immédiat. Ils viennent retrouver une voix, une écriture, une atmosphère, tout un univers. Et lorsqu’elle sort un nouveau titre, ils sont au rendez-vous, parce qu’il y a déjà un attachement très fort à son identité. Les playlists éditoriales de Deezer permettent aussi de remettre certaines chansons en avant ou de les faire découvrir à de nouveaux publics.

LE CARNET DE LA
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CULTURELLE :
Si Mylène Farmer débutait en 2026, sans son histoire ni son catalogue, pourrait-elle devenir l'artiste qu'elle est ? Ou son statut est-il le fruit d'un modèle que l'industrie ne sait plus reproduire ?

Laetitia Berry : Il faut distinguer deux choses. On ne pourrait pas reproduire exactement son parcours, lié à une époque, à une industrie et à une manière différente de construire une carrière. Elle a eu le temps de développer son univers, de créer de l’attente et de fidéliser son public sur plusieurs décennies. En revanche, une artiste aussi singulière pourrait toujours émerger aujourd’hui. Sa force, ce n’est pas uniquement son catalogue : c’est sa capacité à proposer un univers cohérent, à raconter quelque chose et à créer une vraie relation émotionnelle avec son public. Les plateformes permettent même de toucher directement des publics très différents et de mesurer ce qui résonne. Mais il faut accepter de construire dans le temps. Dans une industrie qui pousse à être présent en permanence, Mylène Farmer montre qu’on peut faire le choix de la cohérence, de l’exigence et de la rareté.

Les auditeurs viennent retrouver une voix, une écriture, une atmosphère, tout un univers.