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ÉDITO

LE CARNET

19 septembre 2026

Haenel, Sapin : leçon de pluralisme

Par Alexandre Latreuille

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L'edito du Carnet #179, par Alexandre Latreuille.

Le pluralisme, en France, semble ne pas être une tendance appréciée de tous ceux qui jugent selon leur propre morale.

Les voix, au pluriel, existent-elles vraiment en France ? La question est actuelle et, au regard des récents événements, plus que jamais légitime.

Il y a d’abord eu la séquence problématique autour d’Adèle Haenel dans La Grande Librairie. Pourquoi l’était-elle ? Il ne s’agit évidemment pas de dire ce que l’actrice devenue militante a le droit de dire. La liberté d’expression reste un critère essentiel dans une démocratie. D’autant plus que l’actrice, venue présenter un livre – Viser juste -, a clôturé l’émission avec une carte blanche devenue, depuis, l’un des moments forts de l’émission. Une carte blanche, par définition, autorise la liberté de ton et de parole. On peut dire ce que l’on veut.

Mais ce qui posait problème, au terme de cette prise de parole, c’était l’affirmation de deux termes qui, au regard des faits, ne peuvent être employés à la légère. En affirmant qu’il y a un « génocide » en Palestine et en ajoutant que la France est « complice », l’actrice ne s’est plus contentée d’exprimer une opinion : elle a présenté comme des faits des affirmations qui restent profondément contestées. Sur ce coup, elle n’a pas visé juste. S’il y a une guerre entre Israël et les Palestiniens – tragique, de surcroît, comme toutes les guerres de notre époque -, qualifier juridiquement la situation de « génocide » ne va pas de soi. Et la France, sauf à être passée à côté d’une information majeure, ne peut pas être présentée simplement comme « complice » du gouvernement israélien.

Passons sur le regard perdu d’Adèle Haenel qui, après avoir dénoncé une emprise dévastatrice dans le milieu du cinéma, semble en avoir découvert une autre, cette fois émanant du milieu politique. L’actrice n’est plus ici qu’une ombre dont le regard perdu – presque haineux – avait de quoi surprendre, voire terrifier, le spectateur lambda devant sa télévision pour entendre parler de littérature.

Puis la séquence est passée. Et France Télévisions, face aux réactions très critiques, a tout simplement retiré le replay de l’émission de son site. Misère. Rien de pire que la censure face à un discours que l’on juge problématique. On aurait préféré un communiqué, une mise au point, des faits replacés au centre du débat. Bref, une forme de vérité plutôt que ce jeu de cinéma.

Aux mauvais acteurs du service public s’ajoute la polémique autour de France Inter. Ô drame ! Charles Sapin – au nom même de l’importance du pluralisme au sein du service public, qui constitue pourtant l’un de ses critères essentiels – est devenu l’homme à abattre. Le journaliste de Valeurs actuelles, qui présentait un éditorial de moins de trois minutes, a fait face à une fronde syndicale estimant qu’il n’avait pas sa place sur l’antenne. Pendant deux jours, la musique a remplacé les journalistes sur France Inter. La direction, face à la grève, a plié. Charles Sapin entre dans sa boîte et en sort, bouche cousue et mains liées, d’une radio pourtant financée par… tous les citoyens.

Une dernière ? Sonia Mabrouk, sur BFMTV, est à son tour la proie de tous ceux qui refusent qu’on puisse penser différemment. Basta ! Même Maxime Switek, lors d’une séquence sur C à vous, finit par lancer : « Foutez-lui la paix ! » Ambiance glaciale dans un été indien qui tient pourtant toutes ses promesses.

Mais un constat s’impose : le pluralisme, en France, semble ne pas être une tendance appréciée de tous ceux qui jugent selon leur propre morale. Tels sont les nouveaux croyants : ils refusent le mélange, alors même que certains le prônent, tout du moins, dans le discours. Dans les faits, les actes suivent rarement la parole.

La pluralité des voix ne devrait pourtant pas être une menace. Elle devrait être la règle. Surtout lorsqu’il s’agit de médias financés, directement ou indirectement, par l’ensemble des citoyens. À force de vouloir trier les voix acceptables et celles qui ne le seraient pas, on finit par oublier l’essentiel : dans une démocratie, le pluralisme ne consiste pas à entendre ceux avec lesquels on est d’accord. Il consiste précisément à accepter d’entendre les autres.

Dans une démocratie, le pluralisme ne consiste pas à entendre ceux avec lesquels on est d'accord. Il consiste précisément à accepter d'entendre les autres.

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Retrouvez cet édito dans Le Carnet

Le Carnet de La Fringale Culturelle n°179

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