ÉDITO
LE CARNET
24 juillet 2026
La culture en otage du palestinisme
Par Alexandre Latreuille
Vers le bas

De l'interruption du concert de Barbara Butch à Grenoble aux drapeaux déployés au Festival d'Avignon, la culture est-elle devenue le nouveau théâtre d'une intimidation idéologique ?
De l'interruption du concert de Barbara Butch à Grenoble aux drapeaux déployés au Festival d'Avignon, la culture est-elle devenue le nouveau théâtre d'une intimidation idéologique ?
Cela n’en finit plus. L’été dernier déjà, un climat inquiétant s’installait autour de la recrudescence de l’antisémitisme. Un an plus tard, le phénomène ne faiblit pas; il semble au contraire s’aggraver.
À Grenoble, samedi dernier, la DJ Barbara Butch a été contrainte d’interrompre son concert après seulement vingt minutes, lors du festival Cabaret Frappé. Depuis la foule, des individus sont venus l’invectiver avant de lui lancer des projectiles en verre. L’origine de cette hostilité est connue. Depuis plusieurs semaines, un tract, largement relayé sur les réseaux sociaux, appelait à « censurer » l’artiste en raison de sa signature d’une tribune publiée au printemps dernier dans Le Point, en faveur de la loi Yadan. Le motif officiellement invoqué est politique. Pourtant, tout laisse penser que, pour certains, c’est d’abord sa judéité qui est devenue la cible. Rappelons que cette proposition entendait faire reconnaître l’antisionisme comme une forme d’antisémitisme dans le droit français.
Le plus troublant demeure toutefois la facilité avec laquelle une partie de la gauche radicale, au premier rang de laquelle La France insoumise, inverse le récit. Au nom d’une prétendue « liberté d’expression », ceux qui empêchent une artiste de monter sur scène prétendent défendre… la liberté. L’argument est pour le moins paradoxal. En réalité, il consacre un principe simple : ce qui déplaît doit être empêché. Une telle logique est incompatible avec les principes d’un État de droit.
Le plus troublant demeure toutefois la facilité avec laquelle une partie de la gauche radicale, au premier rang de laquelle La France insoumise, inverse le récit. Au nom d’une prétendue « liberté d’expression », ceux qui empêchent une artiste de monter sur scène prétendent défendre… la liberté. L’argument est pour le moins paradoxal. En réalité, il consacre un principe simple : ce qui déplaît doit être empêché. Une telle logique est incompatible avec les principes d’un État de droit.
Mais l’affaire de Grenoble dépasse un simple fait divers. Depuis plusieurs mois, la cause palestinienne s’invite dans des espaces qui n’avaient pas vocation à devenir des tribunes politiques. À Avignon, un drapeau palestinien de quarante mètres a été déployé face au Palais des Papes pendant le Festival. Lors des fêtes de Bayonne, une association a transformé une manifestation populaire en support militant, en proposant notamment à la vente des keffiehs, dont les bénéfices étaient annoncés comme destinés aux Palestiniens. Selon quels circuits ? La question reste entière, alors même que Gaza demeure sous le contrôle du Hamas, organisation terroriste que certains persistent pourtant à présenter comme un mouvement de « résistance ».
Qu’on ne s’y trompe pas: il n’est évidemment pas illégitime de soutenir le peuple palestinien ni de dénoncer les souffrances de la population civile. Ce qui pose problème, c’est la volonté d’imposer cette cause partout, en faisant taire ceux qui refusent de s’y conformer ou qui expriment une analyse différente. La culture devient alors le théâtre d’une intimidation idéologique permanente.
L’été dernier apparaissait comme un signal d’alerte. Celui-ci prend désormais les allures d’une tendance de fond. Festivals, théâtres, musées ou manifestations populaires: aucun espace culturel ne semble désormais échapper à cette polarisation. À mesure que progresse l’intimidation, le débat recule. Et avec lui, la liberté d’expression que beaucoup prétendent pourtant défendre.
Un dernier constat mérite enfin d’être posé. Les drapeaux palestiniens se multiplient dans l’espace public ; ceux de l’Ukraine, eux, se font désormais rares. Pourtant, la guerre menée par la Russie se déroule aux frontières de l’Europe et engage directement notre sécurité collective. Cette différence de mobilisation dit peut-être quelque chose de l’époque: certaines causes deviennent des marqueurs identitaires, quand d’autres, pourtant tout aussi décisives, disparaissent progressivement de notre horizon.
Festivals, théâtres ou manifestations populaires : aucun espace culturel ne semble désormais échapper à la polarisation politique et au militantisme.
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