EXCLU : Robbie Williams nous parle de BETTER MAN

par Christophe Mangelle | Jan 17, 2025 | CINÉMA/SÉRIE TV

EXCLU : Robbie Williams vous parle de BETTER MAN

20 janvier 2025

Par Zoé Guellerin - Photos : Paramount

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Le réalisateur Michael Gracey, notamment connu pour le succès de son film musical-biographique The Greatest Showman sorti en 2017, revient avec une nouvelle œuvre tout autant bouleversante que spectaculaire : le biopic du célébrissime Robbie Williams, Better Man. Le récit explore son parcours hors du commun, de l’enfant ambitieux qu’il était à l’inimitable showman qu’il est devenu. Derrière l’insolence et l’apparente désinvolture de Robbie se cache un être sensible en proie aux angoisses. Ce biopic frappe au cœur, dévoilant la beauté d’un homme devenu esclave de ses addictions, un homme devenu singe à force d’excès et de démesure.

L’expression est de mise, car celui qui incarne Robbie à l’écran n’est autre qu’un chimpanzé conçu en CGI – effet visuel numérique. Si le pari est osé, il est indubitablement réussi. Cet animal virtuel est mis en valeur par un effet de contraste avec les autres personnages, ceux-ci incarnés par des acteurs de chair et d’os ! Le vrai Robbie, lui, accompagne son histoire en qualité de narrateur.

À l’occasion de sa sortie en salle le 22 janvier, nous avons eu l’immense honneur de rencontrer Robbie Williams, lors de sa venue à Paris le 13 décembre 2024. Le chanteur, boute-en-train, revient sur sa carrière dans un moment suspendu. Ce film est une pépite !

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"Je crois que l’Homme est avant tout une créature d’impulsion, et qu’une part de folie réside en elle."

La Fringale Culturelle : Robbie, vous êtes chanteur et vous exprimez vos tourments au travers de chansons poignantes : pourquoi décider de faire un film ?

Robbie Williams : À vrai dire, j’ai écrit un album au sujet de mes addictions, mais il n’a pas eu l’air d’intéresser grand monde ! (Rires) J’ai 50 ans, et quand cela fait quelques années que vous êtes dans l’industrie, les gens ont tendance à vous oublier. Vous devez alors tout faire pour éviter de tomber aux oubliettes, que ce soit par le biais de livres, de documentaires, de films… La providence m’a fait rencontrer Michael Gracey, le réalisateur du Greatest Showman. Il m’a fait part de sa volonté de raconter mon histoire : une telle proposition ne se refuse pas !

LFC : Le film retrace une période compliquée de votre vie, notamment due à votre addiction aux drogues : devons-nous encore nous inquiéter pour vous ?

RW : Non, fort heureusement ! Il s’agissait de s’inquiéter de 1990 à 2017, mais je vais beaucoup mieux. Je suis un être égocentrique. J'ai cette fâcheuse tendance à parler de moi ! C’est le moyen que j’ai trouvé pour justifier ma place sur cette terre, et ce que je suis.

LFC : La popularité et le succès sont-ils une malédiction ?

RW : Je ne dirais pas cela. Je pense que la célébrité devrait être accompagnée d’un avertissement de la part d’autorités compétentes telles que le gouvernement. Et cela est d’autant plus vrai pour les garçons, qui mûrissent tardivement, et ont tendance à être enrôlés dans de mauvaises expériences. Je crois que l’Homme est avant tout une créature d’impulsion, et qu’une part de folie réside en elle. Si à celle-ci s’ajoute la célébrité, les chances de se tromper de direction voire de couler sont grandes, particulièrement à un jeune âge. Voyez l’épidémie de maladies mentales créé par l’invasion des réseaux sociaux, où chacun a accès à la célébrité ! Je ne sais pas si cela a répondu à votre question, mais c'était une excellente réponse ! (Rires)

LFC : Le personnage qui vous incarne est un singe créé en CGI, une méthode avancée de création numérique ; pourquoi avoir choisi cet animal ?

RW : C’est un choix qui m’a vraiment enthousiasmé, car il est excentrique, courageux et inédit pour un biopic. C’est quelque chose que j’aurais envie de voir en tant que spectateur. L’autre raison, plus symbolique, est que je ne me considère pas comme quelqu’un d’évolué. Dans ce film, tous les autres sont humains, à part moi, une manière de sortir du lot et d’attirer l’attention. Cela fait partie de mon métier après tout : attirer les foules ! Sans attention, je n’existe pas. Or je suis quelqu’un d’ambitieux qui ne peut pas supporter d’échouer.

LFC : Que signifie échouer ?

RW : Dans mon cas, cela signifie tomber dans l’oubli. Être Robbie Williams, ce personnage de chanteur que je me suis créé, a creusé une faille qu’il est difficile à combler. Je continuerai à chanter, à publier des livres, à faire des films et des documentaires pour rappeler aux gens que j’existe. Vous savez, je me suis longtemps torturé l’esprit à me demander si je méritais toutes ces choses qui m’arrivaient ; cela m’emmenait à un sentiment d’auto-insatisfaction permanent, au dégoût presque. Je ne me pose plus la question aujourd’hui. Je créé, sans me soucier du reste.

LFC : Quels procédés techniques ont été mis en place pour que ce singe adopte vos traits et vos expressions faciales ?   

RW : Avant le début du tournage, Michael et son équipe m’ont fait monter dans une grande cage munie de 150 caméras reliées à un logiciel qui a cartographié mes traits. Trois autres caméras se sont ensuite occupées d’enregistrer 120 expressions faciales. Ces informations ont par la suite été plaquées sur le visage de Jonno Davis, l’acteur britannique qui joue mon personnage d’adolescent et d’adulte. Je trouve que les effets spéciaux marchent à merveille : en voyant le film, j’ai été incapable de dissocier les expressions de Jonno des miennes! J’étais ravi : ce singe a un cul merveilleux et j’ai envie de penser que ces fesses viennent de moi !  (Rires). Je me réjouis d’être devenue la créature que j’ai toujours voulu être. Je suis d’autant plus heureux aujourd’hui que je profite pleinement de mon succès. Je ne pouvais pas en dire autant au sommet de ma carrière : je n’arrivais pas à tirer du bonheur de toutes ces choses qui m’arrivaient. J’ai aujourd’hui 50 ans et je n’ai jamais été aussi épanoui. J’ai longtemps eu le sentiment de marcher dans des chaussures qui étaient trop grandes pour moi. Dorénavant, je me fiche de savoir si je fais partie des Dieux : je suis encore là, c’est le principal. Et je passe un très bon moment à vos côtés !

"Pour moi, l’intérêt est de susciter des réactions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Au contraire, j’aime qu’on me déteste !"

"Ma grand-mère m’aurait donné le bon dieu sans confession, allant même jusqu’à me pardonner un crime s’il avait fallu ! (Rires). C’est grâce à elle que je connais l’amour absolu."

LFC : Comment avez-vous allié une part d’imaginaire à la trame narrative, qui se calque sur des faits réels ?

RW : Beaucoup de moments de vie ont été coupés, non pour correspondre au scénario, mais pour répondre à une contrainte de temps. Autrement, le film aurait duré 5 heures ! Le film ne présente rien qui soit inventé de toute pièce, mais beaucoup d’événements ont été jumelés et condensés, voire réordonnés. Par exemple, c’est lors d’une répétition que les autres membres du boys band Take That ont fait le choix de m’évincer. Le film rend compte de cet épisode lors d’une réunion que nous faisons dans un jardin, tandis que je joue avec une pastèque : ce dernier a bel et bien eu lieu, mais deux mois avant ma réelle sortie du groupe.

LFC : La dernière phrase que vous dites dans le film, en tant que narrateur, est Fuck you all ! (Allez vous faire foutre !). On y voit là votre insolence et votre mépris du qu’en dira-t-on. Vous admettez cependant avoir peur de tomber dans l’oubli, et être prêt à tout pour conserver l’amour que les gens vous portent : que pensez-vous de ce paradoxe qui vous habite ?

RW : Je suis la somme de mille et unes choses : le besoin d’amour, l’insolence, la vulnérabilité et j’en passe. Beaucoup de mes dires ou de mes actions relèvent d’impulsions farfelues, car j’aime la transgression, Je suis quelqu’un d’impulsif et j’aime susciter de vives réactions : c’est aussi pour cela que mon personnage est interprété par un singe dans Better Man. Pour moi, l’intérêt est de susciter des réactions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Au contraire, j’aime qu’on me déteste ! Quand je joue la bravade ou l’arrogance sur un plateau, c’est bien pour repousser les limites de l’acceptable, d’appuyer sur tous les boutons. Et ces limites, je les ai cherchées toute ma vie, et ce sur tous les plans. Je me dois d’être honnête et de vous dire que je me suis calmé : je suis un homme marié, monogame, tout ce qu’il y a de plus ennuyeux ! (Rires). Plus sérieusement, je suis bien plus serein aujourd’hui. La prise de drogue à haute dose et depuis un très jeune âge a vraiment bousillé mon cerveau, au point que j’avais l’impression de devenir schizophrène. Des voix parlaient dans ma tête et je n’arrivais pas à les faire taire. Elles sont toujours là aujourd’hui, mais se font plus discrètes, et ne m’empêchent plus de vivre.

LFC : Vous êtes un chanteur accompli ; une nouvelle période s’ouvre à vous, celle de la cinquantaine. Dans quelle direction voulez-vous aller ?

RW : En ce moment, je veux construire des hôtels, des lieux de divertissement, des universités liées aux arts du spectacle, et acheter un club de football.  Ma carrière me permet aujourd’hui de réaliser ces choses plus folles et différentes les unes que les autres. Quel que soit le domaine, je cherche avant tout à épanouir ma créativité. Vous savez, j’ai quitté l’école sans aucune qualification. La note maximale que j’aie obtenue est un D, j’étais vraiment stupide ! Réaliser tous ces objectifs sans aucun diplôme serait une belle revanche. (Robbie lance un doigt d’honneur bravade).Mais ce qui m’importe le plus, c’est de m’autoriser à rêver, à voir grand, à dépasser ce qui a déjà été accompli. Je ne suis rien sans objectif. J’ai par exemple le sentiment d’avoir coché la case « musique ».

LFC : Si vous pouviez changer un de vos moments de vie, lequel serait-il ?

RW : Honnêtement, je pense que j’enlèverais le single Rudebox de la première place de mon album éponyme sorti en 2006. Je sais que c’est à partir de ce moment que mon affluence a diminué. (Rires). Mais j’ai mille autres regrets ! Les gens répondent souvent qu’ils n’ont en ont aucun, sans même prendre le temps d’y réfléchir.  On pourrait tous en faire des livres voire même plusieurs volumes !

LFC : Êtes-vous en paix avec vous-même Robbie ?

RW : Oui, car j’ai le sentiment d’être accepté pour ce que je suis. J’ai une personnalité excentrique et certains me l’ont reprochée. J’ai tout autant entendu le cri de fans déchaînés que de critiques acerbes. Cela est particulièrement vrai dans mon pays, le Royaume-Uni, qui s’est toujours méfié de moi, qui ne m’a jamais réellement donné le droit de m’amuser. J’ai toujours dû m’y excuser d’avoir du succès. Mais partout ailleurs, je suis une figure connue et familière, un oncle ou un cousin un peu fou !

LFC : Revenons à cette figure de singe qui vous incarne à l’écran : vous reconnaissez-vous en elle ?

RW : Pas vraiment, et c’est aussi la force du film ! Cette image de synthèse marche encore mieux que ce que nous avions imaginé. Ce singe devient un personnage à part entière ; il se détache tellement de moi qu’il se prémunit de ce qui pourrait être une mauvaise version de Robbie Williams. Cette incarnation marche d’autant plus que les hommes ont un penchant pour les choses mignonnes. D’un autre côté, nous devrions tous nous reconnaître en ce singe : qui sommes-nous si ce n’est des animaux ! Nous nous sentons loin de cette vérité. Ce film rappelle à un certain niveau que notre société pourrait rapidement sombrer dans le chaos en raison de nos pulsions. Au fond, nous sommes des sauvages.

LFC : Le film rend un hommage émouvant à votre grand-mère, qui vous a élevé au côté de votre mère. Que vous a-t-elle appris ?

RW : Ma grand-mère était l’incarnation d’un amour inconditionnel. Pour tous les autres, l’amour avait des limites : « Je t’aimerais à condition que tu fasses ceci ou cela ». C’est en tout cas ce que je ressentais. Elle m’aurait donné le bon dieu sans confession, allant même jusqu’à me pardonner un crime s’il avait fallu ! (Rires). C’est grâce à ma grand-mère que je connais l’amour absolu. J’essaye d’appliquer ce même schéma auprès de mes enfants, tout en ayant le sentiment de faire moins bien qu’elle. Chaque parent fait comme il peut, et chaque génération de parents transmet à ses enfants son lot de schémas dysfonctionnels. La mienne n’est pas si mal : elle reconnait la valeur des sentiments et l’importance de leur expression.

"C’est aujourd’hui que je profite pleinement de cette vie qu’il m’est donné de vivre, car je la vois comme un cadeau lorsqu’elle a longtemps sonné comme une malédiction."

"Ce film Better Man rappelle à un certain niveau que notre société pourrait rapidement sombrer dans le chaos en raison de nos pulsions. Au fond, nous sommes des sauvages."

LFC : Better Man s’étend aussi sur la relation que vous entretenez à votre père depuis votre petite enfance. Vous lui avez voué une admiration sans borne dès votre plus jeune âge. Cette admiration a-t-elle conditionné votre carrière de chanteur ?

RW : Sans aucun doute. Si mon père avait été policier, j’aurais probablement voulu porter l’uniforme. Mais il se trouve que mon père était un homme de scène. Il m’a montré qu’un tel métier existait, et surtout qu’il était à ma portée. C’est tout naturellement que je me suis dirigé vers ce que je connaissais. C’est en quelque sorte grâce à lui que je me tiens devant vous aujourd’hui.

LFC : Votre carrière a été ternie par des moments douloureux et des batailles auxquelles il a été dur de faire face, notamment celle que vous avez menée contre les drogues ; le jeu en valait-il la chandelle ?

RW : Oui, indubitablement. Si je devais revenir 25 ans en arrière, je prendrais le même chemin… Mais c’est aujourd’hui que je profite pleinement de cette vie qu’il m’est donné de vivre, car je la vois comme un cadeau lorsqu’elle a longtemps sonné comme une malédiction. Ma carrière est dorénavant remplie de joies, de contentements, d’objectifs assouvis et perpétuellement renouvelés. Il est vrai que je suis quelqu’un de particulièrement vulnérable, qui n’a pas été épargné, mais il en va de ma responsabilité de faire de ma carrière un cadeau. Je suis par ailleurs profondément reconnaissant de cette célébrité, des opportunités qu’elle m’a créées. Ces 25 dernières années ont été extraordinaires à bien des égards. Je mets tout de même en garde les jeunes gens attirés par la gloire et les paillettes : cette vie n’est pas adaptée aux années de construction.

LFC : Enfin Robbie, que voudriez-vous que nos lecteurs gardent du film ?

RW : Je ne suis pas très intéressé par le concept d’héritage. Les gens ne se rappellent pas ce qu’on fait ni de ce qu’on dit, mais de ce qu’on lui fait ressentir. Ce qui est important pour moi, c'est ce que je fais ressentir aux gens : je veux qu’ils repartent avec un sentiment de chaleur. Cette volonté doit être liée à mon besoin d’être aimé.

Written by christophe mangelle

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